Nature au jardin à Katzenthal

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Dès l’arrivée dans ce jardin aux mille recoins, le chèvrefeuille embaume… Nous voilà à Katzenthal, chez Francine et Clément, dans un écrin de verdure d’une 20aine d’ares. Ici, le végétal est omniprésent et intimement lié au bâti. Il grimpe, il recouvre, il retombe, il s’accroche, il pousse sur les toitures… Beaucoup de plantes et de délicates touches fleuries invitent à la découverte de ce petit dédale au charme délicat. Des objets posés çà et là avec goût apportent une note colorée et décorative à l’ensemble.

Ils sont plusieurs à assurer l’entretien de ce jardin conçu pour demander le moins de travail possible : une majorité de plantes vivaces, rustiques et exigeant peu d’arrosage… Les plantes proviennent de coups de cœur ou d’échanges avec d’autres jardiniers.

« En temps investi, c’est presque rien ».

La visite guidée débute sur la terrasse ombragée, « là où les cosses d’une vénérable glycine éclatent en été, bombardant de belles graines les clients attablés ». Ébahissement devant le tronc de la fameuse glycine ! Quelques marches à gravir, un pommier « Cloche » à dépasser et nous voici à la hauteur d’une belle toiture végétale. C’est celle de la cave des vignerons, construite en 1999. Ensemencée d’une prairie fleurie la première année, la toiture change d’aspect au fil des ans. « Une année, il y n’avait quasiment que des marguerites». Aujourd’hui, c’est une impressionnante étendue de graminées, œillets, pimprenelle, sedums, origan marjolaine, millepertuis et autres beautés végétales. Une seule fauche par an durant l’été pour que les semences puissent mûrir… En toile de fond de cette prairie colorée : le fameux château du Wineck.

Plus loin, une petite zone humide accueille libellules et agrions. Des crapauds viennent pondre ici tous les ans. Un parfum délicieux flotte dans l’air : c’est un tilleul bourdonnant en pleine floraison. De petites surfaces enherbées – tantôt à l’ombre, tantôt au soleil – sont partiellement fauchées durant le printemps. De belles fleurs s’épanouissent tranquillement un peu partout : hortensia, rose, alchémille, buddléia, lavande, capucine, pivoine, grande pervenche… Les boutures d’un rosier ancien provenant du jardin de la grand-mère de Francine prospèrent ici. Et quel parfum !… Une vigne grimpe dans un pêcher, une autre court sur une clôture… nous sommes à deux pas du vignoble.

Dans ce jardin de petits recoins, l’invitation est à la détente. Bucolique à souhait, le lieu est à la fois « sauvage et entretenu ». Si Francine affirme qu’il n’est pas « bichonné », on s’y sent très bien car l’harmonie règne. Aucun produit de synthèse ne vient perturber les nombreux insectes qui butinent un peu partout. L’eau de pluie est récupérée, utilisée pour les traitements de la vigne et l’arrosage. Quatre moutons de la race Racka participent à l’entretien de l’espace.

Les convictions écologiques fortes des maîtres des lieux font de ce jardin un véritable outil de sensibilisation pour toutes les personnes qui passent par là : les clients de la cave, des gîtes et du bistrot.

« Ils sont heureux comme tout ! Les hôtes participent volontiers au compostage des déchets verts et nous avons occasionnellement des connaisseurs d’oiseaux et d’insectes. Ils peuvent se servir en herbes aromatiques et en fraises que nous avons plantées à leur attention.»

La forêt toute proche et l’orientation Nord de ce petit vallon apportent une fraîcheur bien appréciée en été. Qu’y avait-il ici avant ? « C’était des prés, un potager, un poulailler… et il y avait une carrière d’argile un peu plus loin ».

Je passe un temps certain à prendre des photos dans ce jardin où l’on va de surprise en surprise…

Merci Francine pour cette charmante visite !

Coups de cœur :

• les parfums fleuris qui flottent dans l’air.
• La toiture végétale de la cave : lumineuse, colorée et vivante.
• Le plessis rustique en branches de châtaignier.
• Le tronc massif et entremêlé de la glycine.
• le portillon bleu tout en haut du jardin.
• La vigne libre de grimper dans les pêchers.
• Les chats en céramique postés dans les jardinières qui ornent les fenêtres de la façade.
• Le ballet sonore des hirondelles de fenêtres.

Portrait de Christophe, jardinier à Orbey

christophe

« Je mets toujours la tête au-dessus des clôtures de jardins pour voir ce que font les autres ».

Ce portrait est un défi tant le parcours de Christophe est riche et passionnant !

Tout commence auprès de son grand-père paternel qui avait un grand potager à Colmar. « Je garde l’image de mon grand-père en short, torse-nu dans son jardin. Je l’accompagnais à faire du jardin ». C’est dans ce même jardin que ce grand-père s’était caché avec succès durant la guerre pour échapper au front russe. Ses parents jardinent également. À quatorze ans, avec son père, il replante une vigne à la Waldeslust.
« J’ai fait le lycée agricole et j’ai été pris par cette ambiance. J’adorais la biologie animale et végétale ». À l’occasion de stages obligatoires, il découvre des fermes en Haute-Savoie et dans les Pyrénées.
Par la suite il obtient un BEP de garde-chasse. « J’allais voir les cerfs, les Grands Tétras et les canards au bord du Rhin ».

Pendant plusieurs années il fait partie des Scouts, expérience qu’il a « adoré », renforçant sa recherche d’autonomie.

Au début de sa vie professionnelle il est tour à tour ouvrier forestier, ouvrier viticole, ouvrier paysagiste. Il pratique le bûcheronnage et s’occupe d’une pépinière d’arbres forestiers. À cette même époque, il commence à s’intéresser à la biodynamie et assiste à des cours de jardinage donnés par Mme Salsch, une ancienne maraîchère de Colmar. « C’est parti de mon intérêt pour les forces cosmiques et de l’influence qu’elles me semblaient avoir sur la terre et les végétaux. »

Christophe aime apprendre et passer de la théorie à la pratique. Il se lance dans un BEP « Plantes condimentaires et médicinales ». Avant même d’avoir terminé son cursus, il est embauché à mi-temps dans une réserve naturelle située dans le secteur du Langenfeld. Il déménage alors à Buhl dans la vallée de Guebwiller. « Là, j’ai fait un grand jardin potager. Je me suis passionné pour le jardinage pour de vrai, j’étais accro. Je plantais des tomates sous la pluie parce que le calendrier des semis indiquait que c’était un bon jour, n’importe quoi ! Avec ma femme, nous avons remis un vieux jardin en culture au Remspach ».
Toujours prêt à découvrir de nouveaux horizons, il envoie une candidature spontanée aux Laboratoires Weleda qu’il a visité pendant son BEP. Il y est embauché comme herboriste. « Je me suis occupé des récoltes de plantes sauvages avec une équipe de saisonniers. Je suivais l’arnica de A à Z ». En 1997, il remplace le jardinier avec la charge de cultiver 140 espèces de plantes en biodynamie et de les transformer en teintures – mères. Il agrandit le jardin en orientant le jardin vers l’autonomie . « C’était une expérience très enrichissante car la direction me faisait confiance et me permettait ainsi d’être créatif dans une large mesure». D’autant plus qu’il visite de nombreuses fermes et jardins dans le cadre des visites entre adhérents du syndicat régional de biodynamie et participe à une étude universitaire sur l’impact de la cueillette et des pratiques agricoles sur les populations d’arnica du Markstein.

« J’apprenais aussi beaucoup avec les stagiaires », une phrase qui en dit long sur son ouverture, son envie de partager et de transmettre. Il était d’ailleurs aussi formateur à l’école de biodynamie d’Obernai.

Après 16 années chez Weleda, Christophe a l’opportunité d’occuper un poste vacant au Foyer d’Accueil Les Allagouttes à Orbey. Cette structure accueille des jeunes en situation de handicap âgés de 18 à 25 ans. Pour chacun d’entre eux, un projet d’atelier est élaboré à la rentrée : cuisine, boulangerie, jardinage. Le travail est planifié pour la semaine, ce qui a été fait est noté dans un cahier. Il s’agit pour ces jeunes de rentrer dans un rythme de travail pour devenir le plus autonome possible. En 2015, une équipe de quatre éducateurs a pris en charge 13 jeunes au jardin et c’est Christophe qui organise le travail. Les fruits et les légumes sont distribués pour être cuisinés dans chacune des quatre maisons du site.

« J’ai vu le potentiel de la terre en arrivant ici. Je suis passé d’une terre argileuse chez Weleda à un sol sablonneux à Orbey : une bonne dose de compost et c’est parti ! » D’un jardin tout en lignes, il passe dans un premier temps à des carrés de cultures qu’il trouve moins monotones. Il conserve les 5 terrasses existantes en y dessinant des courbes, améliore les accès pour les jeunes et incline certaines planches vers le sud pour favoriser l’ensoleillement sur les cultures. Déambuler dans ce jardin est un vrai bonheur. Même s’il dit qu’il fait « un jardin de fainéant », on imagine tout le travail accompli et en premier lieu le soin apporté à la terre (compost, engrais verts, couverture permanente…). Travail accompagné d’une curiosité permanente qui l’a tout récemment mené vers la permaculture, une approche qui s’inspire du fonctionnement des écosystèmes naturels.
Plus de 2h que je l’écoute avec grand intérêt et c’est avec cette phrase de Christophe que j’ai envie de finir  : « Il y a une belle correspondance entre le jardinage et le tango argentin : il faut savoir s’adapter en un quart de seconde aux qualités de la danseuse en écoutant la musique qui sans cesse évolue».

Comment jardine-t-on aux Allagouttes ?

Les surfaces : 30 ares de maraîchage, 30 ares de fruitiers, 500 m2 de serres-tunnels, 1 ha d’espace vert

Principes de culture : couverture permanente du sol (compost, mulch d’herbe tondue et séchée dans les allées, déchets de taille, fumier très pailleux…) ; paillage des cultures (sauf la salade et les choux à cause des limaces); rotations des cultures ; engrais verts (seigle, blé et vesce pour l’hiver, sarrasin, phacélie, avoine, pois, féverole, trèfle rouge pour l’été) ; fumier et restes de végétaux sur les planches sans engrais vert ; plantes désherbées laissées sur place ; arrosage avec tuyau poreux ou arrosage oscillant par temps sec ; aucun traitement , parfois des tisanes et des purins d’orties et consoudes. Et surtout : des techniques simples et efficaces de prophylaxie comme un voile sur les poireaux pour éviter la mouche, mulch de végétaux et de fumier pailleux ou binage classique selon la culture; beaucoup, beaucoup de fleurs disposées en mosaïques dans des zones dédiées (zinnias, cosmos, tournesols, capucines, roses, etc.) et en alternance avec les cultures en planches surélevées. Le sol est travaillé le moins possible. Utilisation principale de la grelinette et du râteau à foin, de la binette oscillante, du croc et du sillonneur. Le motoculteur est équipé d’une « fraise » et ne travaille jamais à plus de 8 cm de profond, uniquement pour affiner une terre qui sera semée ou pour incorporer en surface des engrais verts tondus et pré-fanés.

Un compost végétal en lasagnes : chaque semaine, il y a 4 poubelles de déchets de cuisine à recycler. Ces déchets sont disposés en couches alternées avec des matériaux secs (paille, feuilles). Le tas n’est jamais retourné mais bâché par une couverture en non tissé lourd et se transforme en un excellent compost au bout de 8 à 12 mois. Tamisé fin, il entrera dans un bon terreau qui servira pour les semis et les rempotages.
Un tas de fumier est stocké en permanence pour être utilisé frais en mulch lorsqu’il est pailleux ou laissé à composter sous une bâche en toile non tissée. Le fumier provient du centre équestre de Pairis ou des vaches de la ferme du Surcenord. Cela représente environ 8 tonnes de fumier par an.

Fleurs et fruitiers : au total 80 fruitiers et de nombreux arbustes qui produisent groseilles, cassis, mûres, myrtilles, framboises et caseilles. Entre 100 et 400 bouteilles de jus de pommes sont produites suivant la récolte de l’année. Christophe a planté des abricotiers et plusieurs pêchers au milieu des cultures. Au pied de chaque arbre, il plante des fleurs et prévoit d’installer un abri à insectes pour attirer les auxiliaires (carabes, perce-oreilles et coccinelles). Des perchoirs à rapaces seront mis en place. Un de ses objectifs est aussi de se former au greffage des arbres. Puisqu’aux Allagouttes les figuiers produisent un peu, il va planter des kiwis et des kakis.
Les serres : elles abritent des courgettes, des salades, de la mâche, du navet, de l’épinard, du concombre, du haricot, des betteraves, du persil et une impressionnante quantité de basilic qui embaume. Des vignes poussent à l’intérieur. Christophe a le projet de rallonger la saison en cultivant davantage de plantes résistantes au froid, grâce au rajout de voile de forçage sous la serre.

Une petite pépinière d’arbustes : elle accueille boutures, semis de pommiers et autres marcottes de fruitiers en tous genres (pommier, cognassier, poirier, abricotier, pêcher, fraisier, raisin muscat et chasselas framboisier, mûres, cassissier, caseille, lilas, seringat, rosiers variés, noisetier, saules pour la vannerie …). C’est infini ou plutôt jamais fini, toujours changeant au gré des rencontres, humaines surtout !
Récoltes : 300 kgs de poireaux, 200 kgs de patates, 200 pieds de tomates et les kgs qui vont avec, 75 salades par semaine (d’avril à novembre), 40 kgs de fraises, 30 kgs d’asperges, potimarrons, fenouils, choux- raves, de Bruxelles, blancs, rouges, pointus, frisés, brocolis, céleris boule et branche, cardons, arroches, épinards, navets, radis roses et radis noirs, betteraves, concombres, courgettes, hysope, serpolet, romarin, sauge, livèche, poivrons, aubergines, mâche, oignons, échalotes, ail, bettes, haricots, petits pois, menthe, mélisse, estragon, rhubarbe, thym, verveine, oseille, ciboulette etc.
« On va dire qu’il n’y a que les carottes et les panais que nous ne cultivons pas pour l’instant car leur culture est trop délicate par rapport aux capacités de travail qu’ont nos jeunes actuellement. Tout est distribué dans 4 maisons, y compris au Surcenord. Si la production du jardin ne couvre pas les besoins toute l’année, elle contribue grandement à la consommation de fruits et légumes frais et sains. »

Ce grand jardin est magnifique, bravo à tous les jardiniers et toutes les jardinières des Allagouttes !

Dominique, jardinière à Orbey

« Peu à peu, le potager a pris le dessus »

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Dans le jardin de Dominique situé à Orbey-Pairis, je vais de surprises en découvertes : buttes de cultures, serres, cultures en carrés et en pots, petits fruits, fraisiers en terrasses, belles aromatiques poussant çà et là… C’est un régal pour les yeux !
Exposées au sud, les cultures bénéficient aussi de la fraîcheur de la forêt et de la rivière. Les légumes côtoient les fleurs et à la question : « Est-ce que tu pratiques les cultures associées ? », Dominique répond : « Je plante au feeling… ». Le résultat vaut le coup d’oeil et la diversité est grande : radis noir, rhubarbe, choux, soucis, betterave, pâtissons, bourrache, courgettes, salades, haricots, céleris-branches…
Une butte est dédiée aux courges seules qui sont magnifiques : potirons, butternut et potimarrons. Une petite serre m’intrigue car elle est entourée de topinambours qu’il faut écarter pour y pénétrer. À l’intérieur, des grappes de belles tomates précoces mûrissent tranquillement. « Les tomates on ne s’en lasse pas. On en mange tous les jours et je confectionne plusieurs dizaines de bocaux. » Avant de poser la structure de la serre, Dominique et son complice au jardin ont creusé là un gros trou qu’ils ont rempli de fumier et recouvert de terre. Les jeunes replants de tomates que la jardinière bichonne pendant quelques mois seront plantés couchés et recouverts de terre. Est-ce le secret pour récolter une tomate ananas de 650 gr. ?
Dans l’autre serre où la terre est surélevée, je découvre de belles aubergines plantées en pot (« elles réussissent mieux »), des poivrons, des tomates et des salades qui se resèmeront au printemps. Le plastique est enlevé en hiver pour que la terre s’imprègne bien d’eau.
Ailleurs c’est une magnifique ciboulette, de superbes sauges, un généreux pêcher, des asperges vertes ou encore un chou Kale dont on ne récolte que les feuilles.
À bien des égards, ce potager démarré il y a 13 ans adopte une vision permaculturelle : diversité et rusticité des végétaux, recyclage sur place de tous les déchets, arrosage réduit, objectif affiché d’autonomie alimentaire. Si cette autonomie en légumes est aujourd’hui de 5 mois, l’idée est de la prolonger en cultivant en hiver poireau, oignon, salade et carotte sous châssis et dans une serre accolée à un bâtiment. « Car nous sommes des gros consommateurs de légumes et j’aime cuisiner !  »
C’est un vrai plaisir de parcourir tous ces espaces cultivés et riches en butineurs. Bien qu’en fin de saison, les buttes de cultures offrent une belle mosaïque végétale. Merci Dominique pour cette visite et fais-moi signe lorsque tu récolteras les premiers kiwaïs * !

Une histoire de famille :

« Je suis née ici. Petite, j’étais déjà au jardin. Mon père était paysan-hôtelier. Il avait une vache, des poules, un cochon et… un grand potager. Nous avons aussi eu des chevaux et des moutons. On s’occupait des bêtes et aussi des clients ! L’hôtel qui avait 21 chambres était ouvert de Pâques jusqu’à fin septembre. S’il fallait ramasser le foin en cas d’orage, on lâchait les clients ! »

L’autre Dominique :

Il est le mari super bricoleur, ingénieux et avec un intérêt fort pour l’autonomie alimentaire et énergétique. En témoigne le magnifique bâtiment basse consommation qui occupe une partie du terrain. « Il sait organiser et trouver les solutions. Il assure les gros travaux et les aménagements ». Une aide fort précieuse pour une jardinière !

Les buttes de cultures :

Elles ont été aménagées car le sol est très caillouteux. Elles sont remplies de matériaux divers : branches, planches pourries, compost, fumier de cheval, herbes des parcs à escargots, terre. Elles sont régulièrement « nourries » de végétaux divers : feuilles mortes, déchets de récolte, épluchures et herbes indésirables. Le sol est ainsi toujours couvert, ce qui assure la fertilité de la butte. Sur la nécessité des buttes ou pas ? « À chacun de voir quel terrain il a ! »

Une jardinière astucieuse :

Pour éviter la voracité des limaces, les jeunes plants sont protégés par un seau sans fond ; les petites salades sont mises à l’abri dans des bouteilles coupées en deux ; peu de semis, beaucoup de repiquages (à cause des limaces, encore et toujours !) ; un arrosage très réduit grâce à la couverture permanente du sol ; des semis de courgettes étalés dans le temps pour une récolte prolongée ; des coquilles d’escargots écrasées pour drainer le fond des pots et jardinières.

Récolte de paroles :

« Mon premier réflexe en arrivant ici, ça a été le jardin de fleurs vivaces. Je me sentais bien dans le jardin. »

« L’écologie, la biodiversité… ce sont nos enfants qui ont commencé à en parler. C’est venu naturellement. »

« Je me sens bien dans les choses simples. Dans le jardin il n’y a pas de contrainte de temps ou sociale. »

« Nous aimerions ralentir à tous les niveaux. »

* plante grimpante vigoureuse qui produit des fruits ressemblant à des petits kiwis. Elle résiste très bien aux fortes gelées.

(Photos FJ, 2015)

Cécile, jardinière à Orbey

« Je vais dans mon jardin, je suis bien, je suis sereine. C’est la plénitude. »

Voilà une jardinière que je connais bien et qui m’a beaucoup appris. Cécile, figure des Hautes Huttes, cultive des jardins depuis toujours. « Déjà toutes petites filles on participait au jardin. Maman s’en occupait et papa bêchait. On achetait pas de légumes. C’était comme ça. »

À l’époque on cultivait surtout des légumes qui étaient conservés par lacto-fermentation. Cécile aimait bien les tasser avec ses pieds dans des tonneaux en bois. Au total : 1 tonne de compiche (feuilles vertes du chou), 1 tonne de choucroute et 1 tonne de rutabagas / carottes en mélange. On faisait aussi pousser beaucoup de patates et une sorte de blé noir semé en automne, le Tremsau.

Tout au long de sa vie, Cécile a gardé un lien avec la terre. Son mari Jean est forestier, comme son beau-père qui possédait déjà un grand jardin cultivé et des animaux. « Mon mari avait la passion du jardinage plus que moi et les maisons forestières étaient à l’époque des fermettes. » À Courtavon, on a ramené de la terre pour créer un jardin ». Un jour, quelqu’un lui lance : « On a jamais vu une femme de forestier pousser une brouette ! »

C’est en 1967 qu’elle revient dans la ferme familiale des Hautes Huttes à Orbey. « On a continué le jardin et on a fait un champ de patates. On a eu jusqu’à 150 poules, des vaches et beaucoup de lapins. Jean avait des abeilles. Il disait que c’était le miel qui l’avait sauvé lorsqu’il était prisonnier en Russie ».

Aujourd’hui Cécile jardine pour le plaisir et pour « manger sainement ». « Je n’utilise aucun pesticide ni engrais car on peut avoir de beaux légumes sans tout ça ». Engrais verts (phacélie, moutarde), purin de consoude et vieux fumier de vache lui assurent de belles récoltes : carottes, navets, choux, poireaux, oignons, échalotes, choux-raves, céleris, bettes, courgettes, potimarrons et « toutes sortes de salades ». Elle pratique la rotation des cultures tous les deux ans. Pas besoin de plan car elle fait une photo du jardin dans sa tête ! Quant aux tomates, elles poussent à l’abri dans une serre fabriquée avec d’anciennes fenêtres. Très pratique lorsqu’il faut ouvrir la serre…

Et que dire des fleurs ? Une passion qu’avait déjà sa maman. « Je n’achète pas de fleurs et je fais toutes mes boutures ». Les dahlias et fuchsias sont rentrés en hiver. Les insectes butineurs se régalent de toutes les fleurs semées ou qui se resèment seules comme le généreux et coloré muflier.

Cette jardinière d’une vitalité exceptionnelle avoue qu’elle ne pourrait jamais se passer de ses jardins. « J’y suis tous les jours ». Et même pour cueillir la mâche, elle n’hésite pas à pelleter la neige !

Merci Cécile pour ta belle énergie et tout ce que tu nous transmets !

Souvenirs d’autrefois :

« On allait faner au Lac Blanc. Maman ramenait une salade de chou, de la tisane et des crêpes de cerises. Les crêpes de cerises, j’pouvais plus les piffer ! »

« On ne mangeait pas tant de viande que ça si ce n’est un pot-au-feu le dimanche. Maman passait la viande dans l’eau vinaigrée avant de la cuisiner. »

« Les gens refaisaient leurs semences de patates et semaient à la houe. Il en fallait beaucoup pour les cochons ».

« Le cheval c’était notre tracteur. On lui faisait manger un mélange de paille hachée, de son, de petit lait et d’eau chaude ».

« Papa avait fait un gros trou dans le jardin qui était rempli de paille. C’est ainsi qu’on conservait les légumes ».

Photos FJ / été – automne 2015

Portrait de Gilles, jardinier à Orbey

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« Le jardinage, c’est une forme de méditation »

Perché à 650m. d’altitude, les jardins de Gilles offrent un magnifique panorama. Il y a là 10 ares de cultures. Une grande surface qui permet à la famille d’être autonome en légumes. Avec deux végétariennes à la maison, mieux vaut assurer ! C’est Viviane qui transforme et cuisine les récoltes déposées par seaux devant la porte d’entrée. Ce jour-là, elle mitonne des lasagnes de légumes…

Gilles est né et a grandi ici, au lieu-dit Hambout. Sa passion du jardinage, elle remonte à l’enfance. « Ma maman avait 4 jardins. Elle adorait ça et il fallait même la freiner. » À l’époque, les enfants devaient aider à la ferme. « Petit à petit j’ai pris goût au jardinage.  » Il y avait aussi des champs de blé, de patates, ainsi que des arbres fruitiers. Beaucoup d’arbres fruitiers. Un patrimoine arboré que Gilles préserve en greffant des variétés locales, un savoir-faire transmis par son père. Pommes, cerises, noix, pêches, abricots, nectarines et coings : un véritable verger d’Eden ! « Cette année nous avons mangé les dernières pommes début mai ».

Dans une grande serre où Gilles commence à semer mi-février s’épanouissent des grappes de tomates, de délicates aubergines et de beaux poivrons. Depuis cette année tous les plants sont paillés, ce qui limite le désherbage et l’arrosage par micro-aspersion. Une roquette délicieuse fleurit et un plant de courgette n’en finit pas de grandir.

Si la terre légère du Hambout est bien adaptée aux légumes-racines (carottes, navets, panais), elle accueille très bien aussi les choux, haricots, salades, courges et courgettes, pois mangetout qui seront soit congelés, lacto-fermentés ou mis en silos. Et surtout, « mangés ultra-frais, car ces légumes n’ont pas le même goût qu’en magasin. » Ce jardin est une mosaïque végétale d’où surgissent çà et là des amaranthes pourpres, si jolies dans les bouquets. Le maïs a fière allure, juste à côté d’une grande planche de phacélie qui bourdonne. S’il n’y avait que les butineurs, tout irait bien… car il y a aussi les limaces, « la seule bête qui me pose problème ». Pour limiter sa voracité, Gilles débute les semis au milieu du jardin. Tout autour du jardin, il a mis en place un cordon fleuri pour les stopper un peu… Contre la serre, un grand semis de moutarde dont elles raffolent les attire. Quant aux rongeurs, ils sont de plus en plus nombreux. Il inonde les galeries, histoire de les freiner un peu… Les chevreuils qui viennent de plus en plus tôt dans l’année ont mangé tous les fraisiers ! Malgré cette concurrence assez rude, Gilles ne conçoit pas de vivre sans jardin. Il y passe « 3 h. par jour en pleine saison », même en privilégiant des cultures pratiques qui ne prennent pas trop de temps, « comme le potimarron qu’on déguste encore en avril ».

« L’état d’esprit dans lequel on fait un jardin compte. Il y a une conscience. » C’est un bel esprit qui souffle dans ce magnifique jardin où il fait bon flâner… merci Gilles pour cette belle découverte.

Préparation de la terre : Gilles utilise une fraiseuse pour ameublir la terre. Il sème des engrais verts comme la moutarde, le trèfle et la phacélie. Le compost et du fumier de cheval mûr sont épandus en automne. La rotation des cultures permet de ne pas épuiser le sol et d’éviter trop de maladies. Aucun traitement ni granulés quelconque, si ce n’est de la bouillie bordelaise sur les tomates et les aubergines.

Autonomie partagée : un morceau de jardin est cultivé par des membres de la famille. Et Viviane et Gilles donnent beaucoup… Je repars moi-même avec tomates, salade, poivron et concombres !

« Jardinier-voyageur » : « C’est parfois dur de partir en vacances quand on a un grand jardin. Quand on est partis en camping-car, on l’avait blindé de légumes. Une chenille cachée dans un chou a voyagé avec nous ».

(photos FJ)

Portrait de Marie-Jeanne, jardinière à Orbey

conservatoire

« Mes premiers souvenirs d’enfance sont dans un jardin. »

« Le jardin on a grandi avec, je ne peux pas m’imaginer vivre sans. »

Marie-Jeanne a trois jardins au lieu-dit Schoultzbach à Orbey. Il y a le jardin du Plateau, le Petit jardin et le Jardin du bas. Sa mère et son grand-père l’emmenaient depuis toute petite au champ et au jardin. À l’époque, il n’y avait pas de nounou et cultiver était une nécessité pour se nourrir. « Jusqu’à 14 ans, j’ai connu que le cheval. »

Aujourd’hui l’autonomie de sa famille n’est pas complète mais « on tend vers ça ». Pommes de terre, courges, pois, concombres, choux, poireaux, cornichons, raifort, sarriette, ciboulette et autres verdures occupent les jardins de Marie-Jeanne. Elle fait toutes ses semences de pommes de terre et dit avoir autant besoin des fleurs que des légumes. Aussi fleurissent l’oeillet des poètes, la bourrache, les lys ou encore le bouillon blanc. Beaucoup de petits fruits se plaisent dans cette terre pauvre de montagne : cassis, groseilles, fraises et framboises. Ces dernières donnent surtout en automne. Marie-Jeanne confectionne confitures et sirops. Et aussi de nombreuses conserves.

La serre aménagée dans la pente comprend des petits carrés de cultures relevés par des planches. Une manière originale et esthétique de s’adapter au terrain. Une magnifique chicorée fleurit là. Une pomme de terre Vitelotte repousse depuis 15 ans à l’entrée de la serre : plus qu’à récupérer les semences qui ont eu le temps de s’adapter au site !

Et un peu plus loin une belle surprise : un petit conservatoire de céréales anciennes. Blés, épeautre et Aegylops semés dans des petits carrés et qui s’élancent vers le ciel. Quatorze variétés mûrissent là et les épis sont de toute beauté ! Les semences seront envoyées au Réseau Semences paysannes * qui les conservera. Conserver le patrimoine végétal et génétique est essentiel pour préserver ce bien commun que sont les semences. « Ma mère avait un savoir des semences qu’elle m’a transmis ». Et c’est bien là une passion chez Marie-Jeanne : perpétuer des variétés de végétaux rustiques. Cette jardinière qui aime « savoir et apprendre » rêve d’avoir un champ où elle cultiverait 2 ou 3 blés anciens.

D’autres belles curiosités s’offrent au regard comme le Chardon à carder ou encore un chou au feuillage dentelé dénommé « Red ursa » à la fois esthétique, goûteux et résistant. Bien souvent les plantes proviennent d’échanges et de dons.

Passionnée, engagée, tournée vers l’avenir, Marie-Jeanne souhaite « pousser les gens à devenir curieux, les inciter à réfléchir à ce qu’ils mangent ». Pour avoir vu l’évolution de l’agriculture paysanne vers l’agriculture industrielle, elle accorde de l’importance à tout ce que lui ont enseigné ses parents et ses grands-parents paysans. Une mémoire, des savoirs et des savoir-faire. Elle a aussi beaucoup appris au contact des personnes âgées qu’elle côtoyait dans son travail. « Les anciens étaient heureux de pouvoir parler de leur passé. »

Un grand verre d’eau pris sur la terrasse pour finir nos échanges… et une très belle vue panoramique sur le Val d’Orbey. Et cette phrase qu’elle prononce : « La terre rassemble les gens. » À méditer…

Ses astuces : la rotation des cultures (pas plus de 2 années au même endroit pour chaque culture) ; laisser des herbes qui maintiennent la fraîcheur dans les cultures ; peu d’arrosage car « plus on arrose, plus on habitue les plantes à l’eau » ; un seau d’eau avec du gros sel pour « stocker » les limaces ; « peu de soins, beaucoup d’observation ».

Paroles d’une jardinière :

« La nature donne aux plantes les moyens de vivre et de survivre. Elle sait mieux faire que nous, on a pas besoin de les trafiquer. »

« Tout ce qui pousse est de la vie et est à respecter. Je regarde deux fois avant d’arracher. »

« Gratter la terre est un besoin. Qu’est-ce qu’on fait si on a plus de jardin ? »

Deux conseils de lecture :

« Les coquelicots sont revenus », Michel Ragon

« Le cri du colibri, le roman de la Transition » (Michel Hutt)

* http://www.semencespaysannes.org

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(photos FJ)